29 juin 2008
Hip hop fame, hi! pop fem

Peaches a une nouvelle alliée ; une allemande comme elle, une pop féministe ultra-radicale comme elle, une bitch anti-macho comme elle, une rappeuse qui détourne la vulgarité masculine comme elle, j'ai nommé Lady Bitch Ray. Cette petite commence à se faire connaître en France grâce à quelques apparitions à ARTE (cette semaine dans TRACKS) et avec un article dans le Monde intitulé "Dr Porno et Miss Intello", triste formule selon moi. C'est toujours le même crédo que l'on nous sort à chaque fois, à toute les sauces, dès lors qu'une meuf sulfureuse réfléchit à la position des femmes dans un milieu délimité - je pense notamment à Ovidie dans le porno straight français, tout le monde avait mis en avant ses études de philosophie - on dit "c'est une bitch, MAIS elle est intelligente"... Comme s'il y avait besoin de légitimer le bitchisme par le niveau d'étude ou de rehausser la réputation de la personne concernée, ainsi que celle des potentiels spectateurs. Cette bonne conscience masculine n'a pourtant plus lieu d'être, puisque l'insulte "bitch" - de même que "queer" (traduction : enculé ou trou du cul) - a déjà été détourné et est devenue une fierté. Bitchpride ! On peut se demander aussi si ce slogan "seXe intelligent" (un peu publicitaire) n'est
pas le reflet d'une société (straight) qui refuse d'aimer le sexe sans
justifier son intérêt en posant une loupe sur l'aspect intellectuel de
la chose ? Dans l'Europe bien pensante, il ne fait toujours pas bon
jouir.
LADY BITCH RAY vs. HIP HOP OPEN
Je ne suis pas du tout anti-sexe ou anti-porno, au contraire, mais je m'interroge quand même sur ce qui motive cette nouvelle musicienne à entretenir son look provocant ; ne joue-t-elle pas de l'hypocrisie ambiante pour faire son business ? Et en utilisant la bonne conscience des gens, ne fait-elle pas du sexe quelque chose de politiquement correct, finalement assez proche de ce que montre tous les clips de rap ricain ? Ne se range-t-elle pas dans le médiatiquement montrable ? Mêler une "sexualité féministe" à la production culturelle est un moyen de subvertir la norme, mais n'est-il pas dans certain cas un moyen de créer un médiatique marché basé sur le sexe facile ? Le principe de la "meuf à poil" qui fait vendre. Lady Bitch Ray vous répondra que l'idée est plutôt d'être bonne sans être conne, en effet elle affirme : "Le bitchisme, c’est pas seulement une
question de look, de style. Il ne suffit pas d’être une bitch et de
vivre sa sexualité à fond, il faut aussi se battre. Il faut se battre
pour son indépendance, notamment par l’éducation, par la formation, que
ce soit un cursus universitaire ou une formation d’un autre genre. Il
faut se faire un bagage, une base sur laquelle on pourra s’appuyer plus
tard. C’est très important." (source : TRACKS, Backstage : Rebellious girls). Tout à fait d'accord, encore heureux, il ne faut pas retomber dans la situation que dénonçait Joan Rivière : être belle pour dissimuler son intelligence, séduire le mâle pour le conforter dans ses délires de supériorité. Mais je demande quand même : quel est l'intérêt d'être une icône sexuelle alors ? Autant ne mener qu'une carrière universitaire ou créer une assos, on peut faire des choses pour les femmes (marginales ou non) sans se dessiner cet avatar de "bitch". C'est vrai qu'il s'agit ici d'art et de spectacle, mais je trouve que la position de cette femme artiste n'est pas claire ; le look "bitch" est un peu gratuit et contredit, d'une certaine manière, la démarche initiale.
Du bist krank
Lady Bitch Ray, vous l'avez compris, c'est du rap hardcore, des paroles qui dérangent parce qu'elles sortent des lèvres d'une femme, c'est dire "je mouille" à la place de "ma bite dure". Vous trouverez ces musiques un peu partout sur le net. Musicalement, je trouve que c'est pas mal ; bien que, dans les années 90, les allemands aient été en retard sur les sonorités hip-hop, je trouve que là il y a du bon rap qui commence à arriver d'Allemagne.
Lien vers le myspace de Lady Bitch Ray


