Corps sans organes

Présentation d'artistes, d'auteurs, de performers, de musiciens... Histoire, théories et actualités artistiques, philosophiques, politiques, littéraires... du corps customisé, graphique, marginal, artistique, rebelle, théorique, subversif, sonore...

15 juin 2008

Karin Bützow, corps conservés corps consommés

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Karin Bützow s'interroge sur la réactivation du body art dans l'oeuvre de Jenny Saville, mais développe également un travail plastique qui expérimente les potentialités esthétiques de la chair étirée, pliée, trouée, fragmentée... Dans une de ses dernières installations - dont on peut admirer la reproduction visuelle ci-dessus -, son visage est enfermé dans 9 récipients de verre (des bocaux), qui sont disposés et alignée dans une étagère blanche, l'une à coté de l'autre, et l'une au dessus de l'autre. La rigueur mathématique du dispositif, ainsi que le blanc aseptisé de l'espace, nous évoque un étrange laboratoire où sont mené des essais scientifiques avec le génome humain, sauf que dans cette œuvre il ne s'agit pas d'élaborer une recherche biotechnologique, mais plutôt de mener le corps à l'hystérie formelle de son organisme. Chaque bocal conserve, dans une eau rose et acidulée, l'image d'une composition pulsionnelle de l'artiste, modelée par les spasmes de son propre visage. La symbolique de l'eau nous évoque le liquide amniotique et la couleur organique des figures rappellent l'ambiance intra-utérine, aussi le spectateur se demande s'il s'agit d'un auto-engendrement ; l'artiste cherchant à se modeler elle-même à travers une plasticité autogérée... Difficile de lire les émotions que nous transmettent les différentes têtes : entre suffocations et appels au secours, entre hurlements et jouissances, entre naissances et  morts, ses visages semblent communiquer une diversité expressive qui perturbe la compréhension des regardeurs. Et c'est précisément cette ouverture aux différentes interprétations qui fait la force de ce travail.

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Une seconde installation invite le spectateur à consommer des fragments de la tête de l'artiste ; bouche, oreille, nez, menton, il y en a pour tous les goûts... Pour ma part, j'aime particulièrement l'image présentée au-dessus, car il est impossible de savoir qui dévore qui. Karin Bützow ouvre la bouche comme pour aspirer le regard (peut-être le corps) des hôtes qui se prêtent à l'étrange repas. En y réfléchissant bien, le visage fait tache dans cette assiette ; il représente une partie de corps immangeable, qui dégoûte de nombreux omnivores. En effet, même s'ils adorent la viande, la plupart des personnes refuse de manger la tête de l'animal (le socle d'un visage presque humain)... La théorie d'Emmanuel Lévinas, selon laquelle le visage nous renvoie à l'humanité et aux bons sentiments qu'elle nous inspire, s'appliquerait-elle mieux sur les tables de salle à manger, lors de la dégustation de viande, que sur les champs de bataille, lors de l'exécution d'êtres humains? Ce qui est sûr, c'est que malgré la qualité plastique, l'excellent travail chromatique et la propreté avec laquelle est présentée le met, quelque chose nous dégoûte... Est-ce le cannibalisme ambiant? L'expérience visuelle de la viande (faciale), telle que l'exprime Francis Bacon dans son œuvre et ses explications, comme zone d'indistinction entre l'homme et l'animal? Ou est-ce quelque chose de plus symbolique dans l'oeuvre, comme la marchandisation et/ou l'exploitation du corps et des organes humains?

Karin Bützow expose actuellement chez Leslie's artgallery à Bridel.

Lien vers le myspace de Karin Bützow

Posté par cyberkor100org à 02:12 - Installation artistique, scénographie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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