Corps sans organes

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13 juin 2008

Altérité et défiguration dans l'autoreprésentation : le contrôle de son image en art

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Et voilà, j'ai soutenu mon mémoire de M2, le jury était composé de Claire Lahuerta et Roland Huesca. Voilà la couverture de mon travail et un petit résumé :

L’autoportrait devient une pratique répandue dans les arts plastiques à partir de la Renaissance (Quattrocento), l’artiste utilisait alors cette technique pour figurer sur la toile, soit dans une scène fictive (d’inspiration religieuse ou historique), soit dans la peau d’un homme important (un saint, un penseur). Il cherchait à mettre des qualités (réelles ou non) en valeur, à se comparer à de grands personnages, par une figuration comportementale, proche de celle de l’acteur, dans l’espace de représentation picturale. Ce procédé a évidemment eu pour effet d’altéreraltération légère devient au fil du temps une véritable défiguration[1], c’est Vincent Van Gogh qui marque le tournant vers les propositions modernes et post-modernes, toujours plus radicales. La défiguration en art peut être entendue dans deux sens différents, il s’agit soit d’une déformation du visage due à une blessure (en art, il s’agit évidemment de blessures symboliques effectuées par le travail du pinceau), soit d’une disparition du corps (l’artiste ne figure plus dans l’autoportrait). On note plusieurs types de défigurations dans l’histoire de l’autoreprésentation : l’image de l’artiste qui n’a jamais vraiment le même visage sur ses différents autoportraits. D’abord subtile et aristocratique, cette

- La défiguration expressive : Van Gogh s’y exerce le premier, il peint son visage calciné par des flammèches de couleurs pour représenter son être intime, il devient un corps picturale psycho-sensitif ou psycho-biologique. D’autres peintres continueront à s’autoreprésenter dans cette approche expressive, les plus connus sont peut-être Egon Schiele, Francis Bacon et Lucian Freud.

- La défiguration stylistique : le plasticien remplace la restitution de son corps (physique et psychique) par un avatar qui caractérise son style artistique. La figure de l’artiste est alors modelée sous le scalpel d’un « maniérisme » qu’il a lui-même développé, parfois jusqu’à la disparition totale de la figure. On trouve ce phénomène à partir de Pablo Picasso qui invente un Moi cubiste, jusqu’à la disparition du corps dans l’autoportrait de Kasimir Malevitch qui est sans doute l’ultime possibilité de contrôle sur son image picturale.

- La défiguration identitaire : l’altération de l’identité dans les arts plastiques se divise encore entre trois pratiques majeures. Les artistes peuvent créer un Je de substitution, leur corps n’apparaît donc pas dans l’autoportrait et c’est celui d’une autre personne (un modèle) qui remplace celui de l’artiste. La série des Self-portrait de Jack Pierson est caractéristique de cette méthode. D’autres plasticiens choisissent de devenir un Je d’acteur, ils deviennent alors un vêtement incarné[2], leur identité comportementale se calque sur les « significations » des costumes qu’ils enfilent. Ce « transformisme » est omniprésent dans l’œuvre de Cindy Sherman. Des propositions plus radicales développent un Je de modification où le corps est transformé sous le scalpel du chirurgien (Orlan) et les outils du perceur tatoueur (Lukas Zpira) et donne lieu à un autre Soi.

Notre démonstration cherchera à montrer que l’autoportrait est plus compliqué qu’il n’y paraît ; la figuration de soi qui présuppose la restitution de son image corporelle n’existe pas, ou de manière relative (la représentation du visage est réaliste jusqu’au 19ème siècle). Selon nous, toute autoreprésentation implique le contrôle de son image, une transformation picturale, la mort du Soi visuel originel dans une certaine mesure. Nous tenterons de développer cette idée à travers une analyse de l’altérité et de la défiguration dans l’autoportrait qui, nous semble-t-il, a été abondamment pratiquée dans les arts plastiques.

 


 

[1] Dominique Baqué, Visages : Du masque grec à la greffe du visage, collection Arts Palst., éditions du Regard, 2007, p.81.
[2] France Borel, Le vêtement incarné : les métamorphoses du corps, collection Agora, édition Pocket, Paris, 2006, première édition 1993.

Posté par cyberkor100org à 18:54 - Esthétique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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