23 février 2008
Le monde imaginaire de Kim Joon

Kim Joon, Party-mandarina duck, 2007 - copyright
J'avais déjà vu cet artiste il y a quelques mois sur le blog sexe de fluctuat et là je viens de le retrouver sur le site STIGMA de Jean-Michel Devésa, il était temps que j'en parle un peu sur le blog. Kim Joon part de l'univers de l'objet et du tatouage : dans ces premiers travaux, il s'intéresse aux textures des objets qui ressemblent à de la peau (I love it, 1994), il fait des sculptures dans lequel il joue et compose des "tableaux" avec le cuir de fauteuils qu'il repeint en noir ou en blanc, et cela donne lieu à des formes étranges et organiques. Puis, dans une série intitulé Tatoo in my mind (2004), l'artiste tatoue des motifs chinois sur des objets indéfinissables qui ressemblent à des greffons rejetés, cela ressemble à des morceaux de corps tatoués, et pour ma part je trouve que c'est la série la plus intéressante de Kim Joon. Chacun de ces objets "imprimés" semble vivant, le spectateur a l'impression qu'il respire, est-ce le tatouage qui les rend d'un coup plus humain, comme s'il s'agissait d'un organisme intelligent? Personnellement, ce "monstre" étrange m'évoque les consoles organiques appelées "pod" dans Existenz de Cronenberg.

Kim Joon, Fish, with Niddle, 2004 - copyright
Dans ses derniers travaux, Kim Joon construit des univers oniriques dans lesquels les corps flottent dans un espace virtuel aux couleurs vives, une sorte de toile de fond qui ressemblent à la peau des deux modèles agrandie aux microscopes. Le spectateur a donc l'impression que ces êtres s'étreignent sur un autre plus grand, un géant ou un dieu. La peau des modèles est tatoué, mais il ne s'agit plus d'encre, non ce sont les pixels qui s'incrustent sous la peau, transformant littéralement le corps. Ces photographies sont lisses et uniformisés, issues du rêve et de l'imaginaire, le graphisme et le motif y tiennent une place centrale et, même si ces formes graphiques sont figées, elles évoquent le mouvement aux regardeurs qui s'imaginent très bien le décors fluorescent se mouvoir sur l'ancienne anatomie des deux créatures. Ces êtres ne sont plus réellement humains, ils sont divins, si bien que ces images nous évoque une sorte spiritualité ; un tantrisme édulcoré où le mental, le corps et la couleur ne font plus qu'un et créent un nirvana post-technologique. Les pixels et l'épiderme se confondent sur la peau de ces individus et, d'une certaine manière, ils sont des cyborgs dont le corps est un écran communicant qui témoigne d'une chaleur intérieure, intime et sécurisante, c'est en tout cas ce que l'on imagine quand nos yeux se laissent bercer par les sensations que nous renvoie ces colories irradiants.

Kim Joon, Duet-sheep, 2006 - copyright


