Corps sans organes

Présentation d'artistes, d'auteurs, de performers, de musiciens... Histoire, théories et actualités artistiques, philosophiques, politiques, littéraires... du corps customisé, graphique, marginal, artistique, rebelle, théorique, subversif, sonore...

21 février 2008

Lyzane Potvin, la cruauté en peinture

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Copyright Lyzane Potvin

Un petit coup de cœur pour Lyzane Potvin et sa peinture "néo-expressive". Il y avait un moment qu'on avait pas eu à faire à cette violence en peinture. Son oeuvre m'évoque à la fois La recherche de la fécalité d'Antonin Artaud (in Pour en finir avec le jugement de dieu) et Dans ma peau de Marina De Van, c'est un théâtre de la cruauté, essentiellement obscène et ultra-violent (Sade rode encore dans les parages). Ses coulures rouges nous renvoie au corps éclaté de l'auteure, chaque toile est comme un organe arraché à son anatomie trop remplie, il est encore chaud et gicle de tout bord. Peut être que le but ultime de ces peintures est d'arriver au stade terminal du corps sans organes, quelle expérience périlleuse et intense !

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copyright Lyzane Potvin

Lyzane Potvin est une artiste femme, elle le revendique, mais nie son appartenance aux féminismes bourgeois, anti-porno et non-libérateur. Elle se retrouve plus du côté de Virginie Despentes, ou (je pense) de femmes comme Lydia Lunch, on le devine quand on regarde le travail éminemment trash et explicite de l'artiste. Son art pue le mal-être, la pauvreté, le meurtre, le sexe cru et chaud, l'odeur macabre des expressionnistes allemands flottent au dessus de ces propositions picturales, on y reconnait les gueules ensanglantées de George Grosz et d'Otto Dix. Egon Schiele et Francis Bacon ont probablement eu aussi une influence importante sur ce travail. Son œuvre reflète un chaos social qui ressemble à l'enfer de Jérôme Bosch, l'individu y est profondément seul, il est comme enfermé dans son malheur, ou devrais-je plutôt dire, dans sa malédiction. Chaque toile brûle d'un rouge vif qui est celui du fer chauffé par le feu des factures, des dettes, des violences subies etc. Tous les personnages saignent, sont entaillés et défigurés : l'auto-mutilation et le suicide planent comme des vautours sur ces survivants du vécu, dont les jours sont comptés. Seuls certains plaisirs solitaires semblent encore procurer un peu de bonheur, alors on se branle dans la crasse et on jouit au milieu des cafards... C'est un univers terrible, saturé par l'ennui et le dégoût de vivre, l'émotion est à son maximum, si bien que le spectateur est secoué par tant de détresses contenues en une seule peinture.

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Copyright Lyzane Potvin

Je ne pense pas que l'œuvre de Lysane Potvin soit une complaisance, au contraire elle dénonce le désordre social, ainsi que la détresse de l'individu en proie à la solitude et à l'ennui. En cela, il s'agit d'une nouvelle forme de peinture politique, digne du "théâtre de la cruauté" mis en place par Artaud. Cela nous prouve encore une fois (je le répète souvent sur ce blog) que la peinture n'est pas morte !

Lien vers une interview de Lysane Potvin sur Hermaphrodite

Posté par cyberkor100org à 20:07 - Peinture - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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