19 février 2008
Duchamp mis à nu par ses deux artistes pornstars
... Ou peut-on jouir dans l'urinoir de Duchamp? Même Pierre Pinoncelli n'a pas osé, son acte n'en était pas moins anti-phallique quelque part... "Fountain" de Marcel Duchamp était un objet éminemment masculin... à la base... Mais c'était sans compter que les lesbiennes arriveraient un jour à pisser debout. Personne n'avait prévu non plus - et certainement pas Marcel Duchamp qui annonce pourtant la couleur avec "Fountain" (n'est ce pas?) - que les femmes arriveraient à jouir et qu'on les appellerait justement les "femmes fontaines"... L'artiste disait néanmoins que si on retournait l'urinoir, la forme de la cuvette faisait penser à la silhouette de la Vierge, que de provocation! Duchamp devine? Savait-il déjà que son œuvre allait attirée un jour les "art-deuses"? On pourrait ajouter aujourd'hui que cette fameuse cuvette nous évoque encore l'utérus élargi au spéculum d'Annie Sprinkle (lors de la performance The
Public Cervix Announcement), non? Peut être d'ailleurs que la "Fountain" ne devrait plus être un urinoir, peut être qu'il est temps de le remplacer par un vagin? Mais une question me gratouille, me chatouille, me donne des idées : Duchamp avait-il prévu de baiser avec Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens? Et vous, avez-vous pu vous câliner sur le lit géant du grand Marcel D.? Ah l'amour, le spiritisme, que c'est pornmantic !
Bien qu'il y ait de quoi délirer des heures sur l'urinoir de Duchamp et ses liaisons dangereuses avec les œuvres féministes, il semblerait que ce soit au Nu descendant l'escalier et au lit de mort de Duchamp que le couple d'artistes ait fait référence, lors de l'exposition Faire l'amour avec Marcel D. qui s'est tenue du 25 au 28 octobre 2007 à Bourges : mais, alors que dans le tableau quasi-futuriste de Duchamp les formes sont géomé-trique, droite et érectile, celles d'Annie Spinkle et Elizabeth Stephens dans Big Nudes sont rondes, chaleureuse et profondément hors-norme (encore un hommage à Duchamp). Cependant, cette œuvre n'est pas qu'une opposition plastique à Duchamp, elle critique aussi le Nu descendant l'escalier d'Eadweard Muybridge qui, évidemment, n'avait choisi que des modèles au corps filiformes et fins. En plus d'être normatif, le travail de ce dernier est scientifiquement irrecevable car le mouvement change en fonction du poids d'un individu, et vous admettrez avec moi que ses choix étaient plutôt restreint...
A propos du lit de mort se transformant en lit d'amour (qui est non seulement une séance de spiritisme ludique où il est question d'invoquer Marcel D. en "baisant", mais aussi une référence au parcours biographique et artistique d'Annie Sprinkle qui est passée par de dures moments (cf. loveartlab)), je vous laisse lire l'article de Mouvement qui a bien fait son travail.
Malheureusement, je n'ai pas pu être présent donc je sèche très rapidement au niveau des explications, je n'ai même pas trouvé d'images de la performances à afficher sur le blog... Vous en verrez quelques unes sur le myspace de l'exposition Faire l'amour avec Marcel Duchamp qui était inclue dans une manifestation plus conséquente "Sexe public", commise par Beatriz Preciado (auteure du Manifeste contra-sexuel) et Emmetrop. D'ailleurs Lydia Lunch était également l'une des grandes invités de cette manifestation (elle est l'auteure de Paradoxia, journal d'une prédatrice), elle y réalisait une performance concert.

Bien que vous puissiez la lire dans les différents liens que je mettrais en bas de page, je vous montre ici la présentation de Emmetrop et Beatriz Preciado (car je suis sûr que beaucoup ne consulte pas les liens, hein, avouez !) :
SEXE PUBLIC
Séminaire – Exposition – Concert performance / films
On part d’une hypothèse contra-intuitive: le sexe n’est pas un
domaine privé, mais un système relationnel, l’effet d’un ensemble de
dispositifs politiques (institutionnels, techniques, performatifs…)
de production et de contrôle de la subjectivité.
Il faut retourner le problème traditionnel. Ne plus se poser les
questions : Comment libérer le sujet de la pornographie et comment
protéger l’individualité et le caractère privé de l’identité et des
pratiques sexuelles ? Mais poser plutôt ces questions : Comment et
selon quelles conditions le sexe émerge dans le domaine de la
représentation ? Quelles sont les stratégies politiques à travers
lesquelles le sexe est devenu une affaire privée ? Quelles sont les
conditions techniques (visuelles, performatives, institutionnelles…)
de production des identités normales et déviantes, de privatisation
de certaines fictions du sexe et de publicitation des autres dans la
société post-industrielle?
Dans les sociétés disciplinaires qui ont inventé les identités
sexuelles, le discours médico-légal et la psychologie, puis les
medias se présentent comme les seuls espaces publics de production de
discours et de représentation sur le sexe, le genre et la sexualité.
Il s’agit d’espaces de normalisation et de régulation
institutionnelles, in fine de criminalisation des sexualités et des
corps non-heterosexuels et non-blancs.
Le féminisme et les mouvements homosexuels, puis les mouvements pro-
sexe qui luttent pour la prolifération des pornographies alternatives
et pour la légalisation du travail sexuel ont été les premières
pratiques politiques à tenter la création d’un espace public de
critique et déconstruction des sexes, des genres et des sexualités.
Aujourd’hui les pratiques queer, transgenres et pansexuelles
élargissent davantage cet espace de production de discours et de
représentation comme condition de possibilité de l’émergence d’un
nouveau sujet politique et esthétique.
Par opposition aux dispositifs de contrôle, censure et privatisation,
on affirme ici le caractère radicalement public du sexe.
Face à un public bourgeois, apparemment non-marqué sexuellement, mais
en réalité codifié en tant qu’individuel, masculin et hétérosexuel,
on affirme ici l’existence d’un contre-public sexuel (pour reprendre
la notion de Michael Warner), un parlement des corps informés, et non-
dociles qui travaillent à l’élaboration des stratégies
micropolitiques de représentation et de construction des
subjectivités minoritaires.
Cette initiative, qui rassemble expositions, conférences, séminaires,
pratiques performatives, commence à Emmetrop en 2003 avec une série
d’interventions autour des politiques et esthétiques queer et d’un
premier atelier Drag King, suivi par les projets, Dur à queer et
YesPorno auxquelles ont participé des artistes et activistes comme
Del LaGrace Volcano, Les Queer MC, Laszlo Pearl, Béatriz Preciado,
Virginie Despentes, Le Group Activiste Trans ou Shue Lea Cheang, ...
Beatriz Preciado
2007
lundi 22, mardi 23 et mercredi 24 octobre : Séminaire
«Postpornographie : esthétiques et politiques de la représentation
sexuelle» avec Beatriz Preciado, philosophe
Au milieu des années 80, l’actrice porno américaine Annie Sprinkle
emploie pour la première fois le terme «post-pornographie» pour
présenter sa performance «The Public Cervix Announcement» au cours de
laquelle les spectateurs sont invités à explorer l’intérieur de son
vagin à l’aide d’un spéculum. Une nouvelle représentation du sexe et
de la sexualité se dessine alors, qui critique simultanément la
censure préconisée par le féminisme abolitionniste et la visibilité
normative produite par le discours médico-légal et les codes de la
pornographie traditionnelle. Cette initiative ouvre les vannes.
Suivront, s’inscrivant dans des espaces théoriques et esthétiques
divers : Shelly Mars, Fatal Video, Virginie Despentes et Coralie
Trinh-Thi, Shar Rednour et Jackie Strano, Del LaGrace Volcano ou
Bruce La Bruce…
À partir de ce déplacement épistémologique radical et prenant comme
référence critique les travaux de Michel Foucault, Judith Butler ou
Linda Williams, ce séminaire analyse la transformation des codes
politico-visuels de la pornographie traditionnelle depuis les Stag
Movies jusqu'aux genres actuels que sont le Gonzo ou la JennyCam.
Il s’agira ici de cartographier un ensemble de performances,
installations, textes et représentations visuelles qui émergent d’un
regard critique sur la pornographie dominante et sur les normes de
genre et de sexualité qu’elle produit.
19h > 22h — Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts
7, rue Edouard Branly - Bourges - Gratuit
du jeudi 25 au dimanche 28 octobre : Exposition
« Faire l’amour avec Marcel D. »
Annie Sprinkle et Elizabeth M. (San Francisco / USA)
Commissaire d'exposition Beatriz Preciado, philosophe
Exposition ouverte jeudi de 19h à 24h, vendredi et samedi de 14h à
24h et dimanche de 12h30 à 20h
Annie Sprinkle, prostituée, porn star, artiste internationalement
reconnue, sexologue, marraine du mouvement postporn, et Elizabeth M.
Stephens, sa partenaire, artiste intermedia, présentent Faire l’amour
avec Marcel D., une archive work-in-progress de leurs travaux (vidéo,
sculpture, installation, photographie et performance) autour du sexe,
du genre, de la pornographie, de l’amour et de la guérison. La série
d’événements qui composentcette exposition fait partie du Love Art
Lab (www.loveartlab.org), projet expérimental en duo imaginé en
réponse à la guerre, au mouvement anti-gay, et à la censure aux Etats-
Unis.
jeudi 25 octobre
19h : vernissage exposition
20h : conférence/performance "Les aventures du Love Art Lab"
Présentation du travail en collaboration d’Annie Sprinkle et
Elizabeth M.
Vendredi 26 octobre
19h : conférence/performance
Une soirée dans les bras de Beth et Annie.
«Ma vie d’artiste porn-féministe» Autour du travail d’Annie Sprinkle.
«J’aimerais que tu sois là» Autour du travail et du jeu d’Elizabeth M.
Samedi 27 octobre
15h : performances
« Faire l’amour avec Marcel D. » Performances d’Annie Sprinkle et
d’Elizabeth « M.Cuddle evening and/or Sex Clinic and/or Kiss »
performance…
dimanche 28 octobre
à partir de 12h30 : « love brunch » Performances et projection films
avec Annie Sprinkle et Elizabeth M.
Transpalette / friche L’antre-peaux — 26 route de la Chapelle -
Bourges – Gratuit
Samedi 27 octobre : concert performance / film
«Real pornography» - Lydia Lunch (USA)
Real Pornography est un prêche musical multimédia sur la guerre, la
violence, la religion, la Nature et la rébellion avec comme citation
d'introduction une phrase de Georges Orwel : "en période de duperie
universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire".
Sur scène, le texte de Lydia Lunch, au centre d'une performance à
fleur de peau, est mis en relief par la projection d'une création
vidéo et la musique live de Marc Viaplana et Ian White.
Attention événement !!
Lydia Lunch, figure emblématique de la scène underground new
yorkaise, est une artiste totale : musicienne, actrice, performeuse,
auteur de théâtre, de spoken word, écrivain, photographe etc..Lydia
Lunch, à travers sa vie tourmentée, possède une biographie chargée,
son histoire lui fait vivre des moments intenses, glauques et sans
équivoque, la fait rencontrer et travailler avec des musiciens comme
Sonic Youth, Einsturzende neubauten, Nick Cave, des écrivains tel que
Hubert Selby Jr.
Icône sexuelle, artiste radicale, inlassable et inclassable, Lydia
Lunch n’a eu de cesse de dénoncer le conformisme, l’exploitation de
la misère, la politique américaine et les violences faites aux
femmes : «Mon art, dit-elle, a essentiellement une fonction asociale,
une fonction de dénonciation». Son esprit de révolte, son
indépendance et l’influence qu’elle a exercée sur toute une
génération en font un modèle unique de l’underground américain.
à minuit : projection de film «Likk your idols» de Angélique Bosio
Un documentaire sur le cinéma de la transgression avec Lydia Lunch,
Richard Kern...
Quelques liens :
Lien vers le myspace de l'exposition Faire l'amour avec Marcel D.
Lien vers le dossier de presse de Sexe public
Lien vers l'affiche de présentation de Sexe public
Lien vers un article de MOUVEMENT
Lien vers un deuxième article de MOUVEMENT



