Corps sans organes

Présentation d'artistes, d'auteurs, de performers, de musiciens... Histoire, théories et actualités artistiques, philosophiques, politiques, littéraires... du corps customisé, graphique, marginal, artistique, rebelle, théorique, subversif, sonore...

31 janvier 2008

Expo : Marie Labanelle et Marie-Cécile Massey

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cliquez pour agrandir l'image

Quelques liens :

Lien vers le flickr de Marie Cécile Massey
Lien vers le site de Marie Labarelle

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30 janvier 2008

Christopher Conte, les sculptures de la période steampunk (et de l'imaginaire cyberpunk)

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Certains auront peut être compris la complexité de mon intitulé... Non? Bon alors j'explique (je ne peux pas m'être autant creusé la cervelle pour rien) : le "steampunk", par définition, ne peut pas être une "période" puisqu'il mélange le passé et le futur... Mon titre est volontairement antinomique, il symbolise une double rupture entre l'histoire de l'art et l'art subculturel, une rupture institutionnel (grand art et culture de masse) et une rupture épistémologique (pourrait-on dire) : le rationnalisme de histoire de l'art fonctionne par période et, de ce fait, s'accomode mal au style steampunk.

Je dois dire que j'ai longuement hésité entre une présentation de ces oeuvres comme "cyberpunk" ou "steampunk" et je justifie mon choix de ma manière suivante : la présence du squelette humain peut évoquer les études anatomiques de la renaissance, donc du passé (notamment les illustrations du livre De Humani Corporis Fabrica publié par  André Vésale en 1543) et celle des objets technologiques est évidemment censée nous projeter vers le futur. Donc voilà, mais j'avoue qu'il est possible de lire ce travail de manière différente : en disant que le crâne représente la mort ou la vanité (ce qui est artistiquement juste) et que, mises en rapport avec ces exosquelettes métalliques, ces oeuvres peuvent exprimer une certaine vanité des sciences biotechnologiques qui sont peut-être destinés à mener l'humain vers sa destruction. Et forcément, cet argument pourrait plaider en faveur des défenseurs de la compréhension "cyberpunk" des oeuvres de Christopher Conte... Le mieux, c'est encore que je vous laisse décider par vous même...

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Je vois l'opposition se réjouir : "Ah ! Mais cette image là est clairement cyberpunk, il n'y a aucun mix temporel". Je répondrais oui et non : oui car il est vrai que la mode du piercing et de la coloration ultra punk est toujours d'actualité, non car elle existe depuis les années 70, et les années 70 mes cocos s'étaient le siècle dernier, eh oui il y a donc effectivement un mélange des époques. Donc, là encore, le choix est ouvert entre un décryptage cyberpunk ou steampunk de l'oeuvre.

Au delà de ce débat, intéressant pour les spécialistes et un peu pompeux pour les autres, j'attire l'attention du lecteur sur la qualité des sculptures : la plasticité du rendu est vraiment impressionnante, elle permet aux spectateurs de voyager dans l'imaginaire d'une cyberculture toujours plus présente (au moins virtuellement) dans la société occidentale actuelle. C'est une vision très technocratique de l'humain du futur, mais bon pourquoi pas... C'est en tout cas intéressant du point de vue de l'anticipation des "bijoux prothèses" (comme dirait Aurélie Michel) qui seront sans doute de banales décorations corporelles dans un avenir proche. Il en va peut être de même pour les membres prothétiques...

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... Aujourd'hui on restreint la greffe d'un bras robotisé aux personnes accidentées (cf. : Claudia Mitchell), mais demain, qui sait, cet objet sera peut-être une expression corporelle artistique ou même un objet à la mode, pourquoi pas. Sur WIRED.COM, l'artiste dit lui-même : "I've wanted to build a robotic arm since I was a kid, if I were getting an artificial arm, I would want it to look like this one." Traduction : J'ai voulu construire un bras robotisé depuis que je suis mome, si j'obtenais un bras artificiel, je voudrais qu'il ressemble à celui-ci. Cette affirmation montre que le cyborg est désormais rentré dans les moeurs et que si pour l'instant il ne sert qu'à la médecine, on peut prédire que dans le futur de nouveaux consommateurs en body art voudront remplacer une partie de leur corps de chair par du métal, par pure dandysme. Et cette remarque, vous avez raison de le penser, peut en effet apparaître comme cyberpunk... J'ajoute donc une parenthèse à mon titre, vous avez gagné !

Quelques liens :

Lien vers le site de Wired (un tas de bonnes choses)
Lien vers le site de Christopher Conte

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29 janvier 2008

Karl Lakolak, le désir d’une jouissance chromatique

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Karl Lakolak est un artiste complet : poète, peintre, photographe et vidéaste, il construit de petites histoires corporelles et fait naître un peuple inattendu : des créatures post-sexués qui n’exhibent plus leurs corps au sens traditionnel, tel que le réclame encore l’industrie pornographique, mais mettent à nu les textures des impalpabilités du corps (pensées, sensations, émotions) ; écorchement virtuel qui révèle aux spectateurs l’espace du dedans (Henri Michaux) de l’artiste, cela a été possible grâce à l’effervescence épidermique de couleurs vives et magiques qui est mise en image sur ses « toiles-photographies » (Bernard Lafargue). En effet, la peau de ces êtres sublimes saigne, suinte et transpire la torture d’une surabondance d’émotions et d'informations diverses (accumulation de mots, formes et couleurs) qui rongent leur esprit, mais elle la convertit en une post-jouissance (jouissance poétique, jouissance chromatique), alors la douleur devient plaisir et les écoulements corporels (Claire Lahuerta) deviennent couleurs.

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L’usage répétitif de « post-... », sans doute pénible pour le lecteur, n’est pas un effet de style, il traduit l’arrivée imminente d’un changement radical ; une transformation généralisée du corps et du monde, tel qu’on l’avait connu auparavant. L’humain ne pouvait plus continuer avec ce corps qui n’était pas le sien (mais celui de la norme), c’est pourquoi depuis 20 ou 30 ans maintenant, les artistes travaillent à la construction d’une nouvelle enveloppe charnelle qui n’est plus masculine, ni féminine, ni même humaine. Alliant des matières artificielles aux organes biologiques, les recherches expérimentales des artistes acheminent vers l’avènement d’un post-corps : le cyborg. Mais au contraire du cyborg / homme-machine de guerre qui est fantasmé dans les productions hollywoodiennes, l’art souhaite créer le cyborg / homme-machine émotive, même si parfois ces formes ont recourt à une certaine agressivité. Et c’est effectivement ce cyborg qui ressort de la production de Karl Lakolak : un peuple de post-corps cyber-dyonisiaques qui communique aux spectateurs un amour de la vie et, plus encore, une jouissance de vivre, par la défiguration chromatique de sa peau. Chaque « toile-photographie » (Bernard Lafargue) est un rituel chamanique qui délire le vivant à même la croûte cutanée du Moi.

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Ce corps contemporain est l’œuvre d’une nouvelle Ethique (Baruch de Spinoza), d’une volonté de puissance (Friedrich Nietzsche) ainsi que d'une évolution créatrice (Henri Bergson), c’est un monstre techno-philosophique qui mélange chair et pensée, sujet et objets, douleur et désir, matière et mémoire (encore Bergson). Dans l’œuvre de Lakolak, l’anatomie se prolonge dans l’écriture et la peinture, elle se répand sur les pages blanches, dans l’air avec les sons, sur la peau de l’autre, elle se mélange au corps de l’autre. En effet, la peau des modèles semble être le simulacre de la propre peau de l’artiste, peut être est ce une manifestation esthétique du "fantasme de la peau commune" dont parle Didier Anzieu dans Le Moi-peau. Les identités se mêlent et se multiplient, à la manière des genres chez Judith Butler, donnant une solution identitaire on ne peut plus trouble : Qui suis-je ? Et l’autre qui est-il ? "Je est un autre" disait Arthur Rimbaud, et je crois que cette phrase correspond très bien à la démarche de Karl Lakolak, lorsqu'il peint sur le corps de l'autre qui est en fait une projection-extension de son propre corps.
Ce transcorps (Bernard Andrieu) hybride symboliquement l'artiste et son modèle, il favorise la naissance de cyborgs transexuels (au sens Guattarien), transgenres et transhumains qui entrent dans des "processus de subjectivation" (Gilles Deleuze) anti-biopouvoir et défient le rationnalisme humaniste par la volonté d'auto-engendrer un Moi logiquement impossible, puisqu'il combine plusieurs personnalités, mais aussi plusieurs corps.

Quelques liens :

Lien vers le site de Karl Lakolak
Lien vers le myspace de Karl Lakolak

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28 janvier 2008

Héléna Marienské : Le Degré suprême de la tendresse

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Résumé du livre :

Des indomptables. Virginie, échappée des banlieues, rencontre Jésus en se livrant au stupre, aux drogues et à la spéculation immobilière ; une diablotine à figure d'ange, la marquise Héloïse, séduit un roi, mais lui préfère un capitaine de galère plus velu ; Flora improvise près de la PJ un bacchanale inspirée par un caïd amoureux. Elles ne manquent ni d'imagination ni d'appétit. Toutes sont libres. Libres et libertines, après avoir été contraintes, et de bien vilaine manière. On a tenté de leur encombrer la bouche. Elles ont coupé court.
Empruntant son titre à la définition du cannibalisme par Dali, Héléna Marienské donne le ton : l'abus de pouvoir sera réprimandé avec insolence. Impeccable styliste, elle croque avec gourmandise La Fontaine, Céline et plus près de nous Pérec, Angot ou Houellebecq. Sensuels et malicieux, ses huits pastiches explorent les délices de la subversion et mêlent plaisir du texte et du sexe. Un menu érotico-littéraire à déguster sans modération.

- Editions Héloïse d'Ormesson -

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Lien vers le site des éditions Héloïse d'Ormesson

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27 janvier 2008

Un tétraplégique américain transmet ses pensées à un ordinateur

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Commander un ordinateur par la pensée, voilà qui paraît fou. C'est pourtant ce que fait Matthew Naggle, un Américain de 26 ans, rendu paraplégique par un coup de couteau dans le cou, reçu lors d'une rixe. Il lui suffit d'imaginer un mouvement de son bras inerte pour que se déplace, suivant le même mouvement, un curseur sur un écran. Il peut ainsi télécommander la télévision ou l'éclairage, consulter son courrier électronique, ou encore jouer au ping-pong électronique.

Cette prouesse, dont les détails sont présentés par l'équipe de John Donoghue (Brown University, Rhode Island) dans la revue Nature du 13 juillet, ne tient pas de la télépathie. Elle est rendue possible par une chaîne technique qui vise à traduire l'influx nerveux en pixels animés. A passer du neurone à l'électron.

Le premier élément de cette "prothèse neuromotrice" est un composant électronique de quatre millimètres de côté, hérissé de 100 électrodes, implanté dans la région du cerveau qui commande les mouvements volontaires. Captant l'activité électrique des neurones, elle la transmet, via un plot câblé sur le crâne de M. Naggle, à des ordinateurs qui filtrent cet influx pour commander le curseur.

Cette dernière étape nécessite un calibrage, au cours duquel il est demandé au patient d'imaginer les mouvements du bras qui lui permettraient de suivre ceux de la "flèche", laquelle est déplacée par un assistant.

Contrairement aux réseaux d'électrodes placées, dans d'autres expériences, sur le crâne des patients, l'apprentissage est rapide - quelques minutes plutôt que quelques mois. De plus, le système fonctionne sans que Matthew Naggle ait à se concentrer uniquement sur la tâche à réaliser. Il peut même parler en déplaçant le curseur. Une liberté d'esprit que n'offrent pas non plus d'autres systèmes d'assistance aux tétraplégiques, fondés sur l'analyse, par vidéo, de l'orientation du regard du patient vis-à-vis de l'écran et qui imposent une discipline oculaire contraignante.

Pour John Donoghue, cette "porte du cerveau" (brain gate) développée par Cybernetics Neurotechnology Systems, une start-up émanant de son équipe, n'en est qu'à sa première étape. Il souligne que Matthew Naggle est aussi parvenu à commander quelques mouvements d'une main et d'un bras artificiels. "Ces résultats laissent espérer qu'un jour nous serons capables d'activer directement les muscles de ses membres avec ces signaux cérébraux", avance le chercheur.

TAPER 15 MOTS À LA MINUTE

Plusieurs obstacles demeurent. Une "puce" similaire greffée sur un autre patient a rendu l'âme sans prévenir. Et nul ne sait comment neurones et implant cohabiteront sur le long terme. Il sera nécessaire d'utiliser les technologies "sans fil", afin de réduire les risques d'infection liés au passage des câbles à travers la calotte crânienne. Il faudra enfin affiner le traitement du signal.

Une des voies d'amélioration possibles est présentée dans un second article de Nature, signé par une équipe de Stanford. Krishna Shenoy et ses collègues ont implanté des électrodes dans le cerveau de macaques, non pas dans la région commandant les mouvements, mais dans une zone où naît l'intention de l'action.

Les signaux neuronaux leur ont permis de prédire le mouvement effectué par le primate avant même que celui-ci ne le réalise. Appliquée à un humain, cette procédure pourrait théoriquement permettre de taper environ 15 mots à la minute.

Pour Angela Sirigu, de l'Institut des sciences cognitives de Lyon, ces résultats sont "extrêmement intéressants", parce qu'ils montrent que le cortex moteur reste mobilisable même quand le corps est paralysé. Son équipe a fait des observations similaires sur des amputés de la main. Elle a enregistré l'activité électrique des muscles (EMG) du bras de tels patients, à qui on demandait d'imaginer divers mouvements "fantômes" du membre disparu (Brain du 24 juin). Ces EMG présentaient un profil bien distinct.

"Notre but est désormais d'entraîner un système artificiel à reconnaître et à prédire, à travers la mesure des EMG, les mouvements imaginés par le patient, explique la chercheuse. Il pourrait ainsi commander des prothèses sophistiquées capables de mouvements s'approchant de ceux de la main normale." Comme pour Matthew Naggle, il s'agit de renouer les liens désaccordés entre l'esprit et le corps.

Hervé Morin, Un tétraplégique américain transmet ses pensées à un ordinateur 
© Le Monde.fr - 15/07/2006

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25 janvier 2008

Nouvelle exposition à Crid'art

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Plus d'information sur le site de Crid'art

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23 janvier 2008

So...Fight Back Together...We can do it...

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J. Howard Miller, We can do it !

Marre du consensus mou, du soporifiquement correct et des bavardages agréés ?

Retrouvez-nous le temps ...

- d'un article "La figure du pirate ou la désobéissance civile, féminisme et art contemporain : vers des perméabilités réciproques"
dans Temporalités féministes coordonnées par Elisabeth Lebovici et Giovanna Zapperi, Multitudes Hiver 2008.
http://multitudes.samizdat.net

- d'une contribution dans 2 ou 3 choses que j'ignore d'elles/ Pour un Manifeste post(?) féministe
avec Juan Vicente Aliaga, Marc Bessin, Ursula Biemann, Marie-Hélène Bourcier, Elisabeth Lebovici, Giovanna Zapperi et beaucoup d'autres...
Manifeste coordonné par Hélène Guenin et Béatrice Josse, FRAC Lorraine. A paraître fin janvier.
http://www.fraclorraine.org/

- d'un workshop Comment penser la réception de l'oeuvre d'art au-delà du seul jugement esthétique ?
ou comment passer d'une émotion esthétique à une émotion éthique, en faisant ainsi écho à la dimension engagée d'oeuvres actuelles ?
Ce workshop a déjà été présenté au FRAC Lorraine, à l'école des Beaux-Arts de Grenoble et sera présenté le dimanche 27 janvier 2008 de 15h30 à 18h30 dans le cadre du week-end thématique "Maisons d'artistes et conversations" autour de l'exposition Rooms, Conversations, Plateau.
Iinformations : 01 42 01 51 95 ou
antenne@fracidf-leplateau.com (inscription gratuite et réservation obligatoire).

So...Fight Back Together...

Géraldine Gourbe/Charlotte Prévot

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22 janvier 2008

ANTI ! La révolution se remettrait-elle en marche ?

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Avis à la population !
Le numéro papier de Chimères (ANTI !) est sorti. Nous vous présentons son faux-jumeau "virtuel".
La revue (papier) est donc déjà dans toutes les bonnes librairies. Le numéro peut aussi être commandé directement à la revue (adresse et modalités sur le site : http://www.revue-chimeres.fr).

Il n’est plus temps. Plus temps de se plaindre / de pleurer sur soi / d’attendre la réalisation d’idéaux qui n’ont jamais existés que dans la tête des prêtres.
Il n’a jamais été temps.
Ou, peut-être, est-il plus que jamais temps. Temps d’exiger / de se battre / de rêver et d’espérer.

Ce que nous voulons ? Tout !

Nous ne sommes pas actuels. Mais nous refusons l’assignation de l’inactualité faite par le temps présent. Nous refusons de nous plier aux conditions du présent. Nous refusons de lui dire, parce que nous n’aurions pas le choix, oui. Si nous sommes inactuels, c’est de par notre seule volonté.
La seule question qui importe : est-il encore temps de dire non ? Nietzsche nous a enseigné qu’en disant non, nous faisons encore et toujours ce que nous sommes. Aussi avons-nous la volonté de ne pas seulement dire non. Aussi affirmons-nous notre désir de construire.

N’être ni contre quelque chose ou quelqu’un, ni pour quelque chose ou quelqu’un. Pas d’objet à notre désir.

Ce contre quoi nous sommes ? Tout !
Ce pour quoi nous sommes ? Tout !

Deleuze a écrit quelque part qu’aucun livre contre quoi que ce soit n’a jamais d’importance, que seuls comptent les livres « pour » quelque chose de nouveau, et qui savent le construire.

ANTI !

Lien vers l'édito du numéro 64
Lien vers l'édito du numéro 65
Lien vers le site de la revue Chimère

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Deleuze & Guattari ne deviendront jamais imperceptible...

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Présentation de l'éditeur :

L'un était philosophe, l'autre psychanalyste. Figures majeures de la vie intellectuelle française de la seconde moitié du XXe, leurs vies et leur œuvre commune sont emblématiques de cette période de bouillonnement politique et intellectuel que constituèrent l'avant et l'après-mai 1968. Gilles Deleuze (1925-1995) a enseigné la philosophie à l'université expérimentale de Vincennes. A partir d'une réflexion magistrale sur l'histoire de la philosophie, il s'engage dans un combat de création conceptuelle unique en son genre. Félix Guattari (1930-1992) était psychanalyste de formation et ancien disciple de Lacan. Militant de gauche aux multiples engagements, praticien à la clinique de La Borde, il a créé un collectif de recherches autogéré en 1966 : le centre d'études, de recherches et de formation institutionnelles. Les deux hommes se rencontrent en 1969. Ce sera le début d'une grande complicité amicale, d'une aventure intellectuelle sans guère de précédents. De l'Anti-Œdipe à Qu'est-ce que la philosophie ? en passant par Mille plateaux, ils produiront une œuvre à quatre mains exceptionnelle, par son style vif et emporté, par son inventivité conceptuelle et la diversité de ses références, le tout au service de leur combat commun contre la psychanalyse et le capitalisme. Dans cette biographie croisée, François Dosse, à partir d'archives inédites et d'une longue enquête auprès de nombreux témoins, met en évidence la logique d'un travail alliant théorie et expérimentation, création de concepts, pensée critique et pratique sociale. Il explore les mystères d'une collaboration unique, qui constitue une page toujours actuelle de notre histoire intellectuelle.

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Biographie de l'auteur :

François Dosse, historien, professeur des universités à l'IUFM de Créteil, a publié à La Découverte : L'Histoire en miettes : des Annales à la " nouvelle histoire " (1987, 2005), Histoire du structuralisme (1991-1992), L'Empire du sens : l'humanisation des sciences humaines (1995), Paul Ricoeur, les sens d'une vie (1997, 2001), La Marche des idées. Histoire des intellectuels histoire intellectuelle (2003), Le Pari biographique, Ecrire une vie (2005), et Michel de Certeau, Le marcheur blessé (2002, 2007).

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Lien vers une critique de Pascal Sévérac

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21 janvier 2008

Pinar Yolacan : Esthétique d'une féminité non conventionnelle

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Pinar Yolacan est une jeune artiste turque qui pratique la photographie plasticienne, elle travaille avec des modèles féminins, âgés, banals, tout le contraire des corps qui l'on choisit habituellement dans la publicité ou les photos de charme. Avant de capturer leur image, l'artiste habille les personnes ayant acceptée de poser avec des vêtements qui sont conçus à base de viscères animales. Evidemment, dans ce type de démarche, c'est d'abord le rejet de l'image qui éprend le spectateur car tous les ingrédients sont présents pour horrifier son regard : les tripes, qui sont habituellement la partie organique la plus répugnée, sont ici exposé au contact des corps, de même que les personnes agées (et en particulier les femmes), qui sont souvent laissées de côté, à cause de leur maladie, à cause de leur vieillesse et tout simplement à cause de leur apparence, sont ici présentés comme des modèles parfaits. Selon les conceptions et les généralités de la société (occidentale?), on considère que les hommes s'embellissent avec l'âge, tandis qu'on dit que les femmes s'enlaidissent avec le temps, c'est peut être à ce genre de lieu commun que l'artiste a choisi de s'attaquer. Evidemment, dans un monde où l'on demande aux femmes à ce que leur corps soit sans défauts, un monde où l'on nous gave à longueur de journée de meufs à poil, un monde où l'on dit aux mecs que s'ils ne sortent pas avec des filles "bonnes" c'est des losers, autrement dit, à Straight Land (traduction : pays hétéronormé), une vieille femme ne peut ni être désirée, ni même être belle (ni pour elle, ni pour les autres).


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L'oeuvre de Pinar Yolacan est féministe en ce sens où elle vient dire NON aux normes sociales et aux canons esthétiques véhiculés par la publicité et les arts plastiques qui pèsent sur le corps des femmes. Envers et contre toutes les "Clara Morgane" et autres "Suicides Girls", l'artiste turque exhibe un corps féminin imparfait qui se confronte à l'imaginaire et aux désirs collectifs (en particulier masculin et hétéro). L'image s'impose avec force et tenacité, sa présence devient dérangeante et subversive. La vieillesse choque, elle nous rappelle la mort, et ce n'est pas la présence des viscères d'animaux morts qui arrange l'affaire du spectateur médusé. Pourtant, au delà de cette négation radicale des critères capitalistes du Beau, pointe une nouvelle forme de beauté : l'humour attendrit le public et donne un charme particulier aux modèles, l'opposition entre l'univers naïf qui est créé par l'artiste (robes de princesse, jeux expressifs du visage) adoucit l'aspect répulsif des images (tripes animales, vieillesse affirmée). Il y a dans ce travail une véritable volonté d'expérimenter le Beau dans cet immense laboratoire qu'est le corps humain, l'artiste prend le risque d'aller chercher une esthétique à la périphérie des conceptions traditionnelles et refuse de se plier (et de plier ses modèles) aux canons de beauté qui ressert le corps des femmes.


Lien vers le site de Pinar Yolacan
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