Corps sans organes

Présentation d'artistes, d'auteurs, de performers, de musiciens... Histoire, théories et actualités artistiques, philosophiques, politiques, littéraires... du corps customisé, graphique, marginal, artistique, rebelle, théorique, subversif, sonore...

21 décembre 2007

Mélanie Bonaja, corps sans contours/corps-objet

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Des femmes-objets mais pas comme on le croit, quoique... Ces oeuvres photographiques posent le problème du coutour du corps, cette question avait déjà été amorcé par des artistes comme Louise Bourgeois ou Rebecca Horn, à la différence que, dans ce travail, la dimension critique est très présente : ces femmes souffrent sous le poid du matériel qu'elles portent et prennent les poses que leur dictent les objets. Au delà d'une dénonciation de l'addiction matérialiste que subit notre époque pour les objets (véritable fétichisme post-industriel), ces photographies sont la métaphore parfaite du fameux "femmes objets" que brandissent vaillamment les féministes. Et la nudité des modèles, souvent utilisé en art, renforcent ici cette idée de soumission féminine. Le corps humain ainsi glissé au milieu des objets, acquiert le même statut, il devient pratiquable, consommable, utilisable et, pourquoi pas, jetable.

L'artiste nous confie que son travail est également lié à la pratique du bondage et du SM, sauf que les cordes ont été remplacées par des objets du quotidien : le vélo, indispensable pour circuler dans Paris, la chaise, idéale pour se reposer, l'assiette, pratique pour manger (à prendre avec soi lorsque l'on déjeune au mc do), etc. Cela met en exergue le jeu ambigu de la soumission et de la domination au sein de pratiques hors-normes. C'est le vieux débat américain qui ressort : le SM reproduit, à petite échelle, l'horreur de notre société capitaliste qui fait se côtoyer les dominants puissants et les dominés sans défenses. Non ! C'est faux. Il ne faut pas oublié que le SM travaille le jeu du désir (l'obéissance devient un système excitant dans les pratiques sexuelles) et non pas sur l'asservissement de l'autre, c'est une mise en scène et les rôles sont interchangeables, ce qui n'est pas le cas dans la réalité sociale, ce sont donc deux choses très différentes. Mais tout de même, derrière ce débat un peu décevant car mille et une fois ressassé, ce qui est intéressant, c'est le sérieux ici annulé par la travialité ludique du choix des objets. L'humour et second degré se faufile dans un travail critique et a priori très sérieux, ce qui peut faire varier les lectures de l'oeuvre. La diversité des observations possibles rend ce travail vraiment intéressant, selon moi.

Mélanie Bonaja expose actuellement son travail avec d'autres artistes tout aussi intéressant au Peepingtom (galerie mobile si j'ai bien compris). L'exposition s'appelle Joie de construction.

Exposition Collective : MELANIE BONAJO, JAAP SCHEEREN & LUKAS WASSMANN
VERNISSAGE: Jeudi 20 Décembre, de 19h à 22h.
Performances par Voin de Voin + Kinga Kielczynska(20h) et Eva Maria Küpfer(20h30)
Exposition: du 21 Décembre 2007 au 12 Janvier 2008 (Mar-Sam de 14h30 à 19h ou sur rdv)

Galerie Gana-Beaubourg
3, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Metro: Rambuteau/Hôtel de Ville

Lien vers le site de la galerie Peepingtom

Lien vers le dossier de presse de l'exposition
Lien vers le site du collectif de Mélanie Bonajo

Posté par cyberkor100org à 10:09 - Photographie plasticienne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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