20 décembre 2007
Grünewald à Karlsruhe et à Colmar

GRÜNEWALD ET SON TEMPS
Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe
GRÜNEWALD : REGARD SUR UN CHEF-D'OEUVRE
Musée D'Uterlinden, Colmar
Du 8 décembre 2007 au 2 Mars 2008
Le retable d'Issenheim (1512-1516) a quelque chose de fascinant, surtout le panneau central qui exhibe la crucifiction du Christ. Cette oeuvre est l'image du Christ la plus honnête qui n'ai jamais été réalisée. Elle a sans doute inspiré La Passion du Christ réalisé par Mel Gibson, environ 490 ans après (2004), la cruauté de ce film fût du même réalisme bouleversant que le retable de Grünewald, elle fit réagir plus d'un croyant-pratiquant et on peut se demander comment une telle peinture fût reçue par les chrétiens de l'époque. Peut être moins violemment d'ailleurs, car il est vrai que le 16ème siècle est encore l'époque des supplices abominables réalisés sur la place publique (écatellement, grande roue), toutefois le christiannisme a toujours eu tendance à normaliser les corps religieux selon ses fantasmes de pureté. Certains détails de l'art occidental sont troublants : Jésus et Marie avait le teint mat des arabes, pourtant les peintres les représentent blancs de peau. Si la couleur de peau est ainsi mis au rang, vous imaginez ce qu'il en est du corps supplicié du Christ : alors que sa peau a été lascéré par des coups de flagèle, qu'on imagine que son corps est couvert de sueurs mêlés aux crachats et à la poussière, que ces poignés et ces pieds sont transpercés de clous, qu'une couronne d'épine traverse encore son front, les peintres occidentaux représentent souvent Jésus comme un corps propre et aseptisé. Grünewald, en revanche, a eu cette honnêteté picturale et a représenté un corps sale, couvert de plaies, entaché de sang, les mains et les pieds crispés. Toute la souffrance de ce martyre est présente dans la composition du tableau, même le bois de la croix semble se tordre de douleur. Malgré l'horreur insoutenable de cette représentation du Christ, l'oeuvre de Grünewald suscite une forme de fascination chez le spectateur, les spécialistes de l'art notamment qui y voient un chef d'oeuvre hyper expressif. Le Christ de Grünewald est une "intensité pure" (Deleuze & Guattari), c'est un corps qui inspire diverses émotions aux regardeurs, voilà ce qui fait sa richesse.
Le retable d'Issenheim est étudié de fond et comble dans l'exposition de Colmar, si l'on en croit la présentation. J'encourage donc tous les passionnés à se rendre sur les lieux d'expositions pour avoir plus de détails.
L'instant n'en finit pas...

L'INSTANT N'EN FINIT PAS
46 NORD 6 EST FRAC LORRAINE METZ
Du 8 décembre 2007 au 9 mars 2008
Soyons honnête, l'instant ne finit peut être pas mais l'exposition si. Donc il faut se dépêcher d'aller la voir. Il paraît qu'un sablier est installé à l'intérieur de l'établissement, vous savez ce que çà veut dire, le compte à rebours a commencé. Aurez vous le temps d'aller voir l'expo du FRAC avant que tout le sable/temps se soit écoulé? Je vous souhaite en tout cas de faire durer l'instant de votre visite une éternité. Les oeuvres m'ont l'ait d'être poétiques, c'est ce que j'aime...
Présentation du FRAC :
"Il faut apprendre à aimer l'irréversible" (Etienne Klein, Les tactiques du Chronos, Flammarin, Paris, 2003, p.216.) ou du moins s'en
jouer. Tenter de saisir l'instant, subvertir le cours du temps,
le défier, en un mot, s'approprier son passage inéluctable, que
faisons-nous d'autre dans l'existence ? Certains, plus que d'autres, en ont acquis une conscience aiguë
et nous en proposent une expérience sensible : tenter d'habiter
l'instant en l'enregistrant, traduire par l'écriture le temps
qui passe - le jour, le mois, l'année, l'heure, la minute, la
seconde - pour toucher du doigt l'éternité comme Jean-Christophe
Norman ou fixer sur de fragiles supports (cristal, ailes de
papillon) des silhouettes et des figures qui peuvent à tout
instant s'effacer, à l'image de Patrick Neu. Si - dans une
certaine tradition de l'art de la " vanité " -, l'absence, la
trace, la disparition, la finitude sont des thèmes récurrents
dans l'oeuvre de ces deux artistes, leurs évocations de l'éphémère
offrent avant tout un regard sur l'infini et le sublime, une
expérience inédite et dense du présent. Avec poésie et
subversion leurs oeuvres assument leur propre fragilité et
leur possible disparition. L'écoulement lent et inlassable du sablier de Paul Kos, qui
figure la durée de l'exposition, les images énigmatiques de Éric
Poitevin et Hiroshi Sugimoto rythment le parcours et poursuivent
l'invitation à la méditation et à l'exploration
de l'instant.
Oeuvres exposées :
PATRICK NEU
21 verres
Ailes de papillon
Ailes en cire
Colonne de verre
Masque
Dessins sur papier carbonisé
Armure en cristal, 1995-1998
Cristal, plumes. Dimensions variables.
Collection Frac Lorraine.
Armure en cristal, 1995-2007
Cristal, plumes. Dimensions variables.
Collection de l'artiste.
JEAN-CHRISTOPHE NORMAN
Écritures de temps
50x65cm, marqueur sur papier fabriano. 70 dessins.
Collection de l'artiste.
40 HEURES
120x80cm, encre sur papier Vinci.
Collection de l'artiste.
Different times, Berlin, 2007.
Vidéo, durée 3'47''.
Collection de l'artiste.
PAUL KOS
Sand piece, 1971
1 tonne 200 kg de sable blanc de Nemours,
tube de laiton de 2 à 3 mm de diamètre, dimensions variables.
ERIC POITEVIN
Sans titre, 1993-1994
15 photographies couleur, 41 x 41 cm chacune.
HIROSHI SUGIMOTO
Akron Civic Theater, Ohio, 1980
Photographie noir et blanc, tirage argentique, 41,7 x 54 cm
Marion Palace, Ohio, 1980
Photographie noir et blanc, tirage argentique, 41,7 x 54 cm
Michael Snow, Solar Breath (Northern Caryatids), 2002.
Vidéo.
Artiste : Paul Kos, Patrick Neu, Jean-Christophe Norman, Michael Snow, Hiroshi Sugimoto.
Photographe : Eric Poitevin.


