Corps sans organes

Présentation d'artistes, d'auteurs, de performers, de musiciens... Histoire, théories et actualités artistiques, philosophiques, politiques, littéraires... du corps customisé, graphique, marginal, artistique, rebelle, théorique, subversif, sonore...

24 octobre 2007

Regis Gonzalez, la souffrance d'être et de penser

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Regis Gonzalez est un peintre français encore peu connu, malheureusement. Sa pratique est très particulière, et dès l’instant où j’ai posé les yeux sur ses œuvres, mon cœur s’est emballé et c’est un sentiment qui ne trompe pas. Je suis toujours enthousiaste face à des peintres contemporains comme Régis car je trouve qu’il y a une certaine audace de la part de ces artistes qui persistent à utiliser une technique artistique plus du tout à la mode pour exprimer des thèmes nouveaux, très actuels. Quoique je pense qu’aujourd’hui la peinture revient en force, j’ai encore eu l’occasion de le constater lors de l’exposition Monstre au festival body art de Maxéville (cela prouve bien qu’à la base, la performance ne dénigre pas la peinture, d'ailleurs les actionnistes viennois sont des peintres, Franko B aussi…).

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Gonzalez peint des corps putréfiés qui n’ont pas d’âge, il s’agit parfois d’enfants, de bébés, d’adultes, de vieillards. Peu importe leurs âges, ces personnages semblent tous se décomposer de la même manière sous l’action d’une force inconnue, peut être celle des émotions… Comme si vivre était déjà un peu mourir.

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Loin de rentrer dans le sentimentalisme niais de certaines «Annes Geddes», l’artiste peint constamment l’enfance avec un visage diabolique, machiavélique, ce qui est peu habituel et procure aux spectateurs des sentiments troublants qui caressent les sensations de son corps trop souvent formaté. Sans obscénité, mais avec une certaine provocation, les enfants de Gonzalez exhibent un corps visqueux, dégoulinant, blessé, déchiré, fracturé, tortillé, tailladé, coupé… Bref torturé. Une manière pour le peintre de montrer au public que l’enfance n’est pas synonyme d’insouciance et d’innocence, comme certain moraliste idiot le croit encore parfois (ont-ils déjà été enfants ?). Au contraire l’enfance est aussi la souffrance d’une découverte de la vie dans sa réalité la plus crue. Ce sont des corps sans organes du fait de leur ignorance et de la spontanéité avec laquelle il observe la vie. Qui peut savoir ce qu’un enfant voit face aux images de guerre à 20h ? Qui sait ce qu’un enfant voit lorsqu’un de ses proches souffre, est malade ou est mort ? Je ne sais pas si les tableaux de Régis Gonzalez sont une mémoire personnelle, mais pour ma part, je retrouve certains épisodes de mon enfance dans les œuvres de Régis, c’est sans doute pour cela qu’à la seconde où je les ai vu, ils m’ont tout de suite ému.

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A part cette thématique de l’enfance hyper bien réalisée, Régis Gonzalez peint aussi des portraits. Et je dois dire que la maîtrise des couleurs est tout à fait stupéfiante, ces visages sont des boules d’énergie picturale plus que des photos d’identités. Là encore, le peintre veut traduire le visage comme une complexe surface d’émotions. Quoique il a quelques choses de factice dans cette analyse préalable de la « face » humaine, car que dire des personnes qui ont perdus leur visage ? Qu’elles cessent d’exprimer des émotions ? C’est entièrement faux. Le visage est donc surtout un écran sur lequel sont marqués les empreintes d’un vécu. Comme une fleur qui fane, il se flétrit, se ramollit, ou pire encore, peut s’effacer. Je crois voir dans cette manière de peindre la tête humaine une certaine influence des dessins hyper expressifs d’Antonin Artaud ou d’Alberto Giacometti : le visage n’est pas seulement traducteur de sentiments, il est aussi et surtout transcripteur d’une vie mouvementée. Il est profondément mystérieux et fantomatique, c’est un spectre qui inspire en nous un tas de sensations multiples. La fatigue peut marqué certaines zones du visage, fumer peut transformé la peau, la maladie, l’alcool et la drogue aussi modifient la tête humaine. Au final, le visage, comme le corps, est un espace de vie (marques du vécu, marques accidentelles, surface d’émotion), malheureusement cette vie s’avère parfois être défigurante.

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         Comme j'ai été hyper synthétique et très sélectif, Régis a complété l'analyse de son oeuvre, je vous laisse apprécier la qualité de son discours vis à vis de sa propre démarche, cela nous en apprend un peu plus sur sa manière de travailler :

« Je vais t'en dire un peu plus sur mes autres "travaux" :

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Les paysages noir et blanc sont faits avec des cartes à gratter. Je met de la craie grasse blanche sur une feuille de papier. Après, je travaille comme Pollock, je pose la feuille à terre, je reste debout avec mon pot d'encre à la main et je laisse tomber des gouttes qui éclatent sur le papier.Je bosse par terre. Après, je prends mes outils et je dessine (des arbres, des plantes, de l'eau) et je fabrique un paysage. Quand tout est sec, je peux gratter avec un cutter ou autre pour faire réapparaitre des zones blanches et jouer sur l'effet positif négatif. Chaque dessin à une date qui remonte jusqu'au début du siècle.

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Dans les natures mortes il y a des cochons, des chiens, des haltérophiles. Cela m'est venu après la lecture de Cioran, auteur duquel je me suis senti proche très vite, et qui m'a fait repenser à des réflexions qui avaient du mal à entrer en relations les unes avec les autres. Il y avait longtemps que j'avais envie d'associer les animaux et les sports opposés à la pensée. Cioran dit que penser, c'est forcément souffrir, mais souffrir de penser c'est vivre. Ces contradictions qui sont typiquement humaines m'intéressent. Comme disait Thompson, "il vaut mieux n'être qu'une bête, pour ne pas avoir à souffrir d'être un homme." Je ne juges pas (les sportifs ou les chiens), je constate des faits. Je crois que j'aime autant les sujets pauvres (qui sont des défis et qui m'obligent à me battre) que les sujets-monstres comme le portrait ou le paysage (qui m'obligent à me battre de la même manière).

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Les portraits d'adultes ils devraient être accrochés dans un couloir pas trop large, 7 de chaque côté, espacés de 15 cm. Tu ne peux pas y échapper, un peu agressif peut être mais bon... Je m'intéressais de près à la question de l'individualité. J'ai voulu tester ce que cela donnerait pour moi, de peindre des proches et des inconnus. Et bien je ne peux constater que cela ne fait aucune différence. Je me suis rendu compte que je n'étais pas du tout comme Bacon qui prétend révéler la personnalité de l'individu qu'il peint (idée romantique et un peu prétentieuse). On ne connait jamais un individu, on ne peut le figer, cela voudrait dire qu'il n'évoluerait jamais, mais je suis peut être trop optimiste. Tout cela pour dire qu'on a un sérieux problème avec la réalité et j'essaie de faire surgir des éléments de réalités (le corps, l'Histoire, la mélancolie, la naissance, la mort, l'absurdité de ce qu'il y a entre "la vie")»

Régis Gonzalez exposera une nouvelle série le 10 novembre à la Galerie Métropolis. Il m’a permis de regarder en avant-première certains de ses travaux, et je peux vous dire qu’ils sont tout aussi efficace que les anciens.

Lien vers le blog où il expose son travail

Posté par cyberkor100org à 01:49 - Peinture - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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