Corps sans organes

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18 octobre 2007

Les vampyres, pour une esthétique post-éthnique et sociale

SH_mini

Dans notre monde néo-libéral et répressif, les hommes se transforment pour résister à cet environnement économique et social insupportable. Cela ne se passe pas de manière brutale comme dans La mouche de Cronenberg, non, tout se fait très discrètement, on le remarque à travers la modification des habitudes de vie, la sophistication de certains comportements humains. Cette métamorphose de l’homme et du monde continue et ne cesse de progresser. C’est peut être ce phénomène qui se produit avec les vampyres de Hidden Shadows : une envie de modifier la réalité, un besoin de choisir son bonheur, laisser l’imaginaire accéder au réel, à la vie concrète. Une envie de croire à autre chose qu’au quotidien normal et rationnel, pouvoir le vivre pour prouver au monde qu’autre chose est possible, par provocation peut-être mais surtout par nécessité (parce que « le corps ne supporte pas son organisme » disait Deleuze et Guattari). Le message que viennent nous livrer les créatures cachées dans l’ombre terrestre est positif ; la possibilité d’un changement est possible et il passera par les désirs. La libido a depuis longtemps quitté le territoire psychanalytique phallocentriste, désormais il déborde de la sexualité et s’empare des corps, il conquiert pacifiquement le quotidien de certains individus et implique une nouvelle technologique du plaisir.

Hidden Shadows est issu de cette génération qui a vécu à travers la fiction. Comme l’ensemble des jeunes de notre époque, les membres de ce clan ont passé des années à se faire envoûter inlassablement par l’écran lumineux (psychédélique) de la télévision. Ils se sont identifiés aux personnages de fiction, et finalement le sont devenus. Entre Génération perdue de Joel Schumacher et la trilogie Blade de Steven Rorrington, les vampyres semblent empruntés leurs styles aux derniers films alliant la vie des ghettos, l’ambiance des clans, les nouvelles technologies et, évidemment, le vampirisme. Remarquez que j’écris depuis tout à l’heure « vampyres » avec un Y, ce n’est pas par hasard, le remplacement du I par le Y est très symbolique, il marque l’évènement d’une sortie de la fiction dans le réel. Même si, on le sait depuis quelques temps maintenant, c’est un leurre : en effet, c’est plutôt la fiction qui, au départ, s’est inspiré de la réalité.

Loin d’être la créature fragile et sensible de Coppola, les vampyres ne sont pas des « Dracula », ce sont des êtres puissants et, il faut l’admettre, très virils. Les femmes ont d’ailleurs un rôle très spécifique dans ces communautés, et même si elles se sentent valorisées et ont facilement accès au rôle de chef dans un clan, elles se doivent de servir les hommes, sexuellement aussi… Bon, il faut aussi comprendre que le sexe est très cérémonial, quasi religieux, dans ces communautés, leur psychologie est très différente de notre société post-chrétienne, donc je ne sais si on peut parler d’un asservissement des femmes, je ne suis pas sûr… Mais c’est parfaitement discutable, moi-même je n’ai pas de position arrêtée là-dessus.

Concrètement qu’est ce qui caractérise les vampyres ?

Effectivement, ils sont dotés de canines longues et pointues qui sont des prothèses installées par certains dentistes spécialisés. Certains choisissent de garder leurs dents 24h/24, d’autres préfèrent ne les utiliser qu’à des occasions très spécifiques (réunions « secrètes », etc.)

Oui certains d’entre eux se nourrissent de sang, néanmoins ne croyez pas qu’ils s’attaquent aux passants du coin, ils consomment surtout du sang animal ou, si mes souvenirs sont bons (çà fait quelques temps que j’ai lu le livre de Laurent Courau), de celui d’autres vampyres, généralement lors de relations sexuelles. Pour eux il s’agit d’un acte extrêmement fort, puisque, comme dans l’eucharistie chrétienne (oùl’on dévore symboliquement le corps du Christ), on mange le corps de l’autre (son sang) donc une part de sa personne nous habite. Pour ces communautés, c’est un geste sérieux, à ne pas prendre à la légère, il doit y avoir une confiance absolue (préalablement fusionnelle) entre le donneur et le receveur.

Mais tous ne consomment pas du sang, il existe aussi des vampyres dits « psychiques » qui se nourrissent de l’esprit des autres. Paradoxalement, ce sont eux les plus perfides car il mange l’âme de n’importe qui, ils peuvent même se nourrir sur Internet !!! A travers les traces spirituelles numériques que les gens laissent sur la toile internationale. Excellent non ?

Pour connaître plus en détail la vie et l’histoire de ces communautés, je vous renvoie à l’excellent reportage de Laurent Courau qui est allé sur le terrain pour observer le fonctionnement des clans vampyres. Hidden Shadows n’est qu’un groupe parmi tant d’autres… Le livre s’appelle Vampyres : Quand la réalité dépasse la fiction, il a été édité chez Flammarion, collection POPculture, en 2006.

Vampyres

Quelques liens :

Lien vers le site de Hiddenshadows
Lien vers le reportage de Laurent Courau dans LaSpirale
Lien vers les photographies de Lukas Zpira

Posté par cyberkor100org à 12:15 - Culture et société - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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