03 octobre 2007
Rodolphe von Gombergh, Femmes transparentes : Un corps de verre virtuel
Une œuvre a particulièrement retenu mon attention ces derniers temps, c’est la série des femmes transparentes de Rodolphe von Gombergh. RvG est radiologue et plasticien, ces deux professions s’entremêlent dans son art, c’est pourquoi il pense la composition de Femmes transparentes à partir des clichés de l’imagerie médicale, cependant son œuvre demeure entièrement plastique. Il a récemment exposé ce travail au Festival @rt Outsiders 2007 (Maison européenne de la photographie, Paris) qui s’est terminé fin septembre et qui avait pour thématique les « territoires invisibles ». Ce titre poétique m’inspire énormément, surtout quand le territoire en question est constitué de sang, d’os et d’organes, je parle bien évidemment de cette zone animée que l’on appelle le corps. RvG crée un corps stratifié grâce aux technologies les plus pointus de l’appareillage médical, un corps qui apparaît comme un territoire complexe, mais surtout, et c’est cela qui m’intéresse, un corps qui dévoile son artificialité, son irréalité ou encore sa virtualité alors que son apparence de base est pourtant tirée de la réalité brut. Femmes transparentes est un passage, un intermédiaire entre le corps réel et le corps virtuel futur que nous propose l’artiste. Dans cette image aux couleurs futuristes, le spectateur aperçoit les différentes couches du corps : le vêtement, la peau, les os, les organes. De plus, il faut savoir que cette image est un hologramme crée grâce au dispositif d’une installation multimédia, le corps est donc en volume, ce qui lui confère une présence tout à fait étonnante, très proche du regardeur qui peut s’identifier à travers ce « corps ouvert » qui sera peut être le corps de demain.
Il n'y a aucun doute, le corps de RvG est une œuvre plastique, ce n’est pas un travail médical : certaines zones sont plus transparente que d’autre, obéissant à un ordre instinctif lui-même régit par le souci de la composition, tout est structuré de manière à produire une nouvelle esthétique et non pas un savoir médical. Plus qu’une découverte de l’anatomie, ce que nous propose l’artiste est un autre corps, un corps dont l’image est magnifiquement instable : ouvert à certains endroits, opaque dans d’autre, c’est un organisme profondément géographique, une cartographie de l’activité organique vitale dans lequel le regard du spectateur se déplace et se perd. La possibilité de la vie dans un corps demeure incompréhensible, autant que la mort ; c’est ce que cette image en volume, à la fois vivante et cadavérique, dégage émotionnellement. Cette installation révèle aussi bien la perfection et la fragilité d’une anatomie qui demain sera complètement exhibé grâce à sa numérisation et sa « virtualisation ». Alors est-ce un nouveau moyen de surveiller l’autre qui se met doucement en place? Ou est-ce une modification corporelle révolutionnaire, s’inscrivant dans le prolongement du tatouage et de la scarification? Cette incertitude est typique d’une démarche qui s’inscrit dans le temps présent, invoquant les multiples directions d’un futur probable, attractif et effrayant à la fois.
Malgré la sobriété du rendu, qui donne l’impression de n’avoir de valeur que grâce à son dispositif technique spectaculaire, plusieurs questions émanent de la réalisation de ce corps et donne une dimension philosophique à l’œuvre. Loin de n’être qu’une prouesse scientifique, ce travail artistique interroge l’individu de demain écrasé par les technologies de surveillance qu’il pourra toujours détourner stratégiquement afin de modifier son corps et devenir un art kor.
Corpus :
Femmes transparentes, 2007, installation multimédia. Photo, télévision en relief, holographie, austéréoscopie, vidéo.
Exposition "Bêtes et hommes" à la Villette
L'exposition "Bêtes et hommes" sera présentée du 12 septembre au 20 janvier à la Grande Halle de La Villette (Entrée : 10 €) . Cette expo questionne les rapports entre les animaux et les hommes et se divise autour de quatre axes de réflexion : Les animaux transformant les humains ; L'animal est un étranger pour l'homme ; Les animaux ont un métier : Les animaux imposent leur choix. Un programme artnimalier plutôt intéressant, exploré de manière singulière par des plasticiens, vidéastes, photographes. Les animaux nous seront dévoilés sous des aspects étonnants, à la fois très proches et très éloignés de l'homme. D'ailleurs Art Actuel nous parle d'une oeuvre qui m'a semblé très attractive : un HLM pour mouche réalisé par Tsé & Tsé Association. C'est au milieu de plus d'une centaine d'oeuvres de ce type que le spectateur pourra contempler cet univers qu'il connaît si peu ; habituellement exhibé de manière très didactique par les différents reportages, à La Villette c'est avec un humour très esthétique qu'a été exposé le "monde animal". Je pense que j'irais y faire un petit tour.
Quelques liens :






