01 octobre 2007
Ryoji Ikeda au Centre Pompidou le 29 octobre 2007
Ryoji Ikeda est le musicien officiel (compositeur et DJ) du collectif Dumb Type, réunissant artistes, performers, danseurs, graphistes, designers, programmateurs... Parallèlement à sa colloboration avec ce groupe très complet, Ikeda mène une carrière de musicien solo, et non des moindres. Je ferais une plus ample présentation dans un futur proche. Là, je veux simplement signaler sa présence au Centre Pompidou le 29 octobre 2007. C'est un évènement car il s'agit sans doute de l'un des meilleurs DJ expérimental que compte la planète ! (Pour ceux qui ne connaitraient pas, j'ai dans ma playlist quelques unes de ces compositions)
Voici la présentation rédigée par le CP :
Accueilli au Centre Pompidou en 2001 avec Formula, puis en 2004 avec c4i,
le compositeur japonais Ryoji Ikeda poursuit avec la série Datamatics
une recherche musicale et graphique sur l'esthétique des « data ».
Actif depuis 1995 dans le domaine de l'art sonore, Ryoji Ikeda est une
figure clef de la musique électronique.
Second volet de la série des datamatics, Datamatics [ver 2.0]
est un projet audiovisuel qui explore notre perception des substances
multiples et invisibles, des différents « data » qui constituent et
saturent notre monde. Dans ce travail Ryoji Ikeda, qui utilise les «
data » comme source de création sonore et visuelle, mêle visions
abstraites et représentations mimétiques de la matière, de l'espace et
du temps. Dans une graphisme aussi intense que minimaliste, les images
générées par ordinateur, un noir et blanc rogné par des accents de
couleur, rendent compte de la façon dont les « data » se déploient en
de multiples dimensions. Une bande son puissante et hypnotique composée
de fines strates sonores accompagne ces images et génère pour
l'auditeur des espaces immenses et illimités.
Avec Datamatics [ver 2.0] et le dernier album Dataplex, le travail de Ryoji Ikeda fait preuve d'une progression significative et passionnante.
Lien
Antonin Artaud, Aliénation et magie noire
Artaud
Vidéo envoyée par listepriap
Antonin Artaud - vidéo : Jeanne d'Arc (Carl Theodor Dreyer), voix : interprétation de Aliénation et magie noire (Artaud)
Il faut quand même que je commente un peu la présence de cette vidéo. Mais bon, je crois que tout le monde a compris ; çà fait deux trois fois que je mentionne cette émission radio sur le blog, donc je voulais que vous puissiez entendre ce fameux enregistrement radiophonique. La voix d'Artaud, c'est quelque chose... Pour ceux qui ne connaissaient pas, c'est une jolie découverte, et pour ceux qui sont déjà habitués, c'est toujours un plaisir de réécouter les phrases de cet artiste hors du commun.
De plus, ce document sonore est important car c'est sans doute la première fois (ou presque) qu'une personnalité critique publiquement l'usage (psychiatrique) de la sismothérapie, c'est à dire l'électrochoc.
Materia Prima, Insomnia : la mise en scène et la psychiatrie
Materia Prima est une compagnie de théâtre – performance – happening fondée en 1992. Le collectif a présenté, Samedi 29 septembre 2007, dans le cadre du festival Souterrain Porte IV, une performance intitulée Insomnia crée en 2006/2007. Il s’agissait d’une performance collective ; sans débordements et sans excès, les performers ont incarné le corps de la folie, ils jouaient une personnalité à la fois mystérieuse, effrayante, blessée, sensuelle, avec et sans visages (la psychose est n’importe qui, tout le monde et personne à la fois).
Au début de la
pièce, la scène était vide de toute présence humaine, des lits étaient alignés
horizontalement et, entre chacun d’eux, il y avait un écran éteint. L’espace
scénique évoquait directement une chambre d’hôpital, le spectateur était fixé,
il allait voir des corps souffrants en scène. Tout à coup, les lumières s’éteignent,
les néons commencent à dysfonctionner, comme si une puissance magnétique
affolait l’énergie électrique de l’éclairage froid, les écrans s’allument
subitement, la musique débute et une jeune femme nue et blanche fait son
apparition sur scène, elle se déplace sur le dos d’un cheval blanc, marche un
peu autour du faux territoire médical, traverse le public et sort aussitôt du
lieu de représentation. Sur son visage, aucune expression, le regardeur a l’impression
de faire face à une statue vivante. Tandis qu’il se tourne pour la regarder
s’éloigner, sur un des lits, une figure humaine se redresse enfin, elle nous
observe lentement, comme si elle projetait de se jeter sur le public dès que celui-ci
aurait détourné son attention, puis le personnage escalade la fine structure
métallique de sa
couchette et voyage ainsi en équilibre de lit en lit. L’équilibre du corps sur
l’étroite barre de métal me semble être la métaphore de l’esprit humain soit
disant équilibré, on voit bien que la chute est plus que probable… Le psychisme
est donc à comprendre comme un organe essentiellement chancelant. Mais pendant
que cet acteur attire notre attention avec son numéro d’acrobate, les autres
occupants de la chambre arrivent, par surprise, derrière le public. La tête
entièrement bandée, un oreiller maintenu contre leur visage (cf. image),
ils se couchent d’abord sur quelques spectateurs avant de rejoindre
définitivement (le temps de la représentation) la scène. Le public assiste
alors à une puissante chorégraphie de la détresse, de la peur et du
désespoir ; une sombre démonstration de la folie et de la perdition
psychologique très intense. Les acteurs entrent en transe, hurlent, se
débattent, arrachent leurs vêtements, vont se coucher dans les lits, hurlent et
se débattent encore, se calment un instant, puis recommencent à s’exciter. Ils ne parlent pas, ils ne peuvent s’exprimer
que par les cris et les mouvements du corps, pourtant le spectateur entend,
derrière la musique, une voix préenregistrée sur bande sonore, c’est celle
d’Antonin Artaud qui scande son célèbre texte Aliénation et magie noire (émission
radiophonique, 1946). Il n’y a plus aucun doute possible, le spectacle a lieu
dans une chambre d’asile psychiatrique. Le bandage crânien nous indique que les
personnages ont subi une intervention à la tête, l’électrochoc peut être, la
présence du texte d’Artaud totalement anti-psychiatrique et anti-sismothérapie semble
confirmer cette hypothèse.
Après la
première présentation de ce qui semble être l’attitude des patients perturbés
d’un asile psychiatrique, pour le moins glauque et étrange, les performers sont
relaxés. Ils entament à présent une danse très sensuelle, à demi nus
(puisqu’ils ont arrachés leurs vêtements), dos au public, ce qui permet aux
spectateurs de contempler la gestualité organique de leurs muscles dorsaux.
Mais cette fraîche et fragile douceur va bientôt laissé place aux bruits et à
la brutalité : un des acteurs va jouer des claquettes sur un socle qui
amplifie les sons et, par moment, le fracas de ces pas de danse produisent une
sonorité à la limite du soutenable. Les autres « interprètes », après
avoir changé de vêtements, et s’être imbibés d’un liquide noir, vont reprendre
une chorégraphie très disciplinée cette fois-ci, proche du sadomasochisme :
les femmes deviennent des « dominas » qui fouettent les hommes, tandis
que ceux-ci avancent avec le fil des rênes contrôlés par leurs dominatrices
dans la bouche. Une autre danseuse s’isole dans un côté de la scène et tourne
sur elle-même dans un petit bassin rempli d’eau. Bientôt la tête lui tourne,
elle tombe et se vautre dans cette petite source artificielle, mais cela ne
l’arrête pas, elle se relève et recommence plusieurs fois encore. Puis,
épuisée, elle vient aux milieux des autres danseurs et allument un cercle de
feu, alors la cérémonie de la psychose collective peut recommencer : la
danse devient chaotique, les performers arrachent une nouvelle fois leurs
vêtements et se remettent à hurler de toute force. Seulement maintenant, plus
rien ne les retient, ils détruisent la chambre d’hôpital, poussent et
renversent les lits, s’emparent des matelas qu’il jette sur le public surpris. Et
enfin, après quelques minutes, l’apocalypse psychiatrique s’arrête nette, tout
le monde est exténué, alors la jeune fille blanche et nue du début de la
performance revient sur scène, toujours accompagnée de son cheval blanc, elle
fait le tour des lieux, marchent victorieusement aux milieux du
« chantier » et se retire. Et la performance se termine.
Dans cette performance, la folie devient esthétique et créatrice, de la même manière que le texte engagé d’Antonin Artaud devient une poésie formidablement composée. La mise en scène s’articule autour du thème de la psychiatrie, cependant cet espace effrayant et repoussant est détourné afin de créer une scène d’une plasticité étonnante. Les fous se réapproprient leur lieu d’internement et le transforment en aire de jeu artistique, cela n’est pas sans rappeler l’athlétisme affectif qu’Artaud pratiquait en douce dans sa cellule pour transformer son corps et son habitat (ou plutôt son territoire pour reprendre la terminologie deleuzo-guattarienne) qu’il voulait rendre plus vivable. Pour ma part, cette scénographie m’a beaucoup ému, de manière générale j’ai trouvé la performance très expressive et très émouvante.
La machine à chier de Wim Delvoye au Casino Luxembourg
Wim Delvoye présente sa célèbre machine à chier, Cloaca, au Casino. Il s'agit d'une oeuvre exceptionnelle, tant sur le plan technique que sur le plan esthétique et scientifique.
En réalité, Cloaca est aussi une machine à digérer puisque cette oeuvre est un mécanisme complexe qui reproduit le flux disgestif du corps humain, de l'entrée des aliments dans la bouche à leurs sortie par l'anus. Chaque station de l'installation mécanique copie exactement l'activité et la fonction de chaque organe comme s'il s'agissait d'un réel processus de digestion. Qui a dit que l'art était chiant?
Cloaca, cynisme artistique à la Pierre Manzoni? Peut être. Organes sans corps? Sûrement. Cybernétique merdique? Oui!!! Et on aime çà. De toute manière, beaucoup d'artistes s'accordent aujourd'hui à dire qu'on produit des oeuvres comme on produit des pensées, comme on produit... ben... de la merde finalement.
Quelques liens:
Hermann Nitsch en vidéo
Projection du film Hermann Nitsch de Jonas Mekas, le 20 octobre à 19.30 heures à la courtesy Galerie du jour/Agnes b., Paris, dans le cadre de l'exposition beaumontpublicParis du 5 octobre au 3 novembre 2007.
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